Musique – Côte d’Ivoire : Josey, chanteuse « hors piste »

Posté le 26 septembre 2016 par Franck WAMBA dans A la une, Musique

PORTRAIT. Grâce à ses titres « You Galoh » ou « Diplôme », sur fond de coupé-décalé, la chanteuse ivoirienne est devenue une voix féministe qui compte.
Par Aurélie Bazzara, Le Point Afrique

Pour ne pas ternir sa réputation, elle a pris du retard. Une quarantaine de minutes à peine. Une pacotille pour Josey. Quarante minutes, c’est suffisant pour admirer scrupuleusement les papillons et autres insectes piqués dans les tableaux qui ornent les murs du salon feutré de l’hôtel rue de Clichy où elle nous a donné rendez-vous. Josey arrive enfin, toute pimpante. Lovée dans une robe rouge et maquillée jusqu’au bout des cils, la jeune Ivoirienne lance un chaleureux « Excusez-moi pour le retard ». Un large sourire aux lèvres maquillées de rose, la chanteuse de 26 ans admet prendre plaisir à se faire désirer, comme pour profiter de cette nouvelle notoriété. Parce que Josey, il y a un an, n’existait pas. Musicalement, elle n’était qu’avec La quarantaine, un groupe de musique étudiant.

  ©  Aurélie Bazzara
© Aurélie Bazzara

 

Ses débuts aux côtés de DJ Arafat

C’est par la magie des télé-crochets qu’elle se fait remarquer dans Castel Live Opéra, en remportant la seconde place du concours de chant panafricain en 2012. Pour Gnakro José Priscille (son vrai nom) qui a grandi dans le chic quartier de Cocody à Abidjan, c’est l’emballement. Elle commence à bâtir sa célébrité aux côtés de grands noms de la scène ivoirienne, comme DJ Arafat, Tour de Garde, ou encore DJ Bonano et Kil’heur, donne des concerts à Abidjan, mais aussi en France, et ses clips, dont son tube « Diplôme », ont atteint les 10 millions de vues sur YouTube. Avec sa voix rauque et douce en même temps, la « go » prend soin de mobiliser ses milliers de fans sur les réseaux sociaux à coup de vidéos bonus, messages et photos personnelles. Toujours est-il que son délire marche bien : des centaines de partages et de likes, notamment grâce à un gimmick, son «bisou là-bas ».

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Du religieux au profane

Celle qui rêve de devenir « l’icône de la musique ivoirienne » contrôle parfaitement son image. Assise élégamment dans un fauteuil, Josey a du mal à se défaire de son sourire et débite des phrases quasi toutes faites. On rembobine. C’est lorsqu’elle se rend à l’église le dimanche avec ses parents qu’elle commence à s’intéresser au chant. Elle intègre rapidement la chorale. Au répertoire, aucune « musiqueprofane, comme on dit dans le milieu chrétien ». Au fil des années, Josey quitte musicalement les bancs religieux pour se tourner vers des groupes de rap afro. Mais ses rêves de strass et paillettes sont coupés nets par son père, qui lui impose avec la rigueur d’un gendarme (qu’il est) de faire des études. Elle entre à l’ENA. « Je suis allée à l’école pour obéir à mes parents et avoir un diplôme », confesse la jeune femme en faisant tourner nerveusement ses bracelets autour de son poignet.

Liberté des femmes

Mais être « administratrice assise derrière un bureau » ne l’excite pas. À la place, elle travaille son timbre de voix, son réseau et rêve secrètement de prendre le micro. C’est chose faite avec le concours Castel Live Opéra, mais Josey se fait réellement un nom avec le titre « Chéri tu me saoules » en collaboration avec Kil’heur et Rikwane, deux chantres de la musique urbaine et ivoirienne, chantant avec humour la liberté de la femme dans le couple. « Sans le vouloir, je me suis érigée en avocate des femmes. »

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La cause féministe devient alors sa marque de fabrique. Avec la beauté des expressions ivoiriennes, ses titres « Diplôme », « On fait rien avec ça » et son dernier « You Galoh » évoquent le mariage, l’égalité dans le couple, la fidélité ou encore l’enfantement, sur fond de coupé-décalé et de zouk. « Je m’amuse à taquiner les hommes », confie-t-elle. Son discours provocateur ne laisse personne indifférent. Kil’heur rétorque avec sa chanson « 50/50 » dans laquelle il appelle les femmes « émancipées » à ne plus profiter de l’argent des hommes. « Ça fait plaisir de voir que mes paroles sont influentes et que des stars me répondent. C’est intéressant ce challenge entre les voix féminines et masculines », justifie malicieusement l’artiste.

  ©  ED
Josey mise sur des textes engagés pour défendre la cause féminine. © ED

 

Sur le fond, le discours est plus nuancé. Loin de se considérer comme une militante, Josey avoue qu’elle ne fait qu’ajouter son « grain de sel » à la lutte pour le droit des femmes en Côte d’Ivoire. Qu’importe, se considérant « avant tout comme Ivoirienne et Africaine », elle estime que « la dot et le mariage font partie de l’éducation des filles. Mais il faut que les femmes soient indépendantes et qu’elles s’assument. » On n’en saura pas plus. Puisqu’à Paris il faut presser le pas, elle met fin à l’entretien, affirmant devoir enchaîner sur une autre interview. « Il ne faudrait pas être trop en retard ! »

2 Commentaires le “Musique – Côte d’Ivoire : Josey, chanteuse « hors piste »”

  1. Orville

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